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L'ironie du changement

Quelle ironie ! Cet engouement pour le changement ! Il est bon de changer, de vouloir changer, d’inventer le changement quand il n’est pas évident. Tout change ! D’Héraclite « On ne se baigne pas jamais deux fois dans le même fleuve » au « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » d’Antoine Lavoisier, l’homme est immergé au sein du changement quand il ne change pas lui-même. Rien de nouveau, le mouvement et le changement sont le propre du vivant. Ce qui est nouveau, c’est que notre société a érigé le changement et notre nécessaire adaptation à celui-ci en un dogme politique et sociétal mais surtout en un impératif économique et capitaliste. Le changement est désormais un absolu synonyme de progrès ; sans que l’on prenne soin d’interroger la signification réelle de ce dernier ni ses répercussions. Cette dynamique progressiste cache cependant des arrière-pensées moins avouables que la vertu dont les dirigeants parent le changement. Tomasi di Lampedusa dans son roman posthume Le Guépard affirme « il faut que tout change pour que rien ne change ». Cette citation célèbre colle à notre époque comme un gant. Rien ne change vraiment. Les puissants demeurent puissants, les précaires restent précaires. Un joli numéro de prestidigitation aux effets trop évidents. Mais, il y a désormais une nouvelle donne dans ce jeu vieux comme le monde auquel même la classe dirigeante ne peut se soustraire et que Heidegger appelle « le règne de la technique ». Le changement technique – technologique – s’engrange lui-même et il devient difficile de l’orienter alors qu’il n’est plus possible de le stopper. C’est le règne de la subordination à l’algorithme et de la notation. Tous en passe de devenir, enfin, égaux ; le rêve marxien réalisé. Les politiques de tout bord, et plus particulièrement en Occident, seraient bien inspirés de reconsidérer leur admiration faussement béate pour le changement si, dans un éclair de lucidité, ils ne veulent pas nous transformer en esclaves de notre propre créature.

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